Essayer cette huile pimentée rwandaise, c’est l’adopter. Et en emporter un flacon avec soi, partout où l’on va.

Un monsieur rwandais d’un certain âge, vêtu avec élégance, était attablé pour déjeuner devant une copieuse assiette de ragoût de bœuf aux haricots. Il a plongé la main dans sa poche et en a retiré une minuscule bouteille en plastique avec un bouchon blanc, comme celles qui contiennent habituellement les gouttes pour les yeux (un avertissement avant de continuer : gardez ce truc à distance de vos pupilles !).

Le contenu de la bouteille était d’un orange aussi vif que le jaune de l’étiquette. Le monsieur s’est appliqué, et a fait tomber exactement cinq gouttes du liquide sur son plat. Il n’a pas été le seul. Assis à des dizaines de tables rondes réparties dans une vaste salle de conférences de Kigali, d’autres Rwandais ont sorti de leur poche leur propre petite bouteille et amendé leur repas en fonction de leur tolérance au piment.

Les autres participants à la conférence, dont moi, se sont dit qu’ils étaient en train de passer à côté de quelque chose – et je me suis donné pour mission de découvrir quoi.

Une véritable obsession nationale

L’huile piquante Akabanga est une huile de piment, et une vraie obsession nationale au Rwanda. Il semblerait qu’aucun mets ne soit complet sans une pointe de ce condiment. J’ai acheté ma propre bouteille dans une supérette de Kigali près de la fameuse salle de conférences, sur une étagère à côté du sel et des bouillons cubes. Elle m’accompagne depuis dans tous mes voyages à travers le continent africain.

Partout où je vais, j’essaie la sauce piquante ou le condiment local et je suis rarement déçu : le Nali extra-fort au Malawi ; le piri-piri au Mozambique ; toutes les variations possibles de la sauce Nando’s en Afrique du Sud ; le piment saupoudré sur du riz jollof au Nigeria ou, pour les courageux, sur de la soupe également au piment ; le mélange d’épices brûlant qui accompagne les